QUELLE EST LA RAISON DE L’OSTRACISME A L’EGARD DU FRONT NATIONAL ?



 

 
Bernard Antony  --  On pouvait, sans n’aucunement en approuver la plupart, comprendre, sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, les raisons ou les prétextes  de l’ostracisme politico-médiatique frappant le Front National. On n’arrive guère  à les trouver aujourd’hui. La classe politique invoque sans cesse l’adhésion aux valeurs dites républicaines pour qu’un parti soit considéré comme politiquement correct. Outre que la liste et la définition de ces valeurs sont toujours éminemment floues, on ne voit vraiment pas aujourd’hui en quoi le Front National n’est pas tout ce qu’il y a de républicain. Il l’est même très ardemment et d’une manière hélas souvent trop jacobine car étatiste, centraliste et même néo-socialiste. Par respect frileux pour la République, on s’y refuse même à demander que dans notre hymne national, La Marseillaise, les paroles terribles « qu’un sang impur arrose nos sillons », lourdes de purification ethnique ou idéologique, soit modifiées. Les Jeunes-Turcs génocidaires n’ont pas manqué, il y a un siècle, de s’y référer.

On ne saurait donc reprocher au Front National, où l’on célèbre la « victoire » de Valmy, de n’être pas républicain. Le président du Front National a émis jadis certains propos que l’on pouvait penser sans doute maladroits ou dans l’ordre du « dérapage » mais dont la réitération provocatrice n’est pas acceptable pour quiconque sait la monstruosité du nazisme. Tout cela devrait aujourd’hui relever de l’histoire ancienne car ne correspondant pas du tout aux positions de Marine Le Pen ou de Louis Aliot qui ont toujours refusé avec nous tout racisme ou antisémitisme ou un mauvais révisionnisme historique à caractère négationniste.

Sur ce point ne peut donc valablement reposer la raison de l’ostracisme. Le Front National était hier honnis par les lobbies de la culture de mort parce qu’il voulait abolir ou tout au moins remplacer la loi Veil par une législation moins mortifère. Hélas, et nous le déplorons, ce n’est plus du tout sa position officielle ni celle de ses dirigeants actuels. Mais ce n’est évidemment pas à cause de cela qu’il est ostracisé. Le Front National a toujours été hostile à l’immigration sans limite et sans contrôle : pas plus que Georges Marchais jadis, pas plus que Jacques Chirac qui a un certain moment tint sur le sujet des propos relevant de dérapages que l’on n’aurait pas pardonnés à Jean-Marie Le Pen. Mais surtout, tout le monde sait bien qu’en privé, au moins 90 % des élus de la République tiennent les mêmes discours alarmistes sur le phénomène du « grand remplacement » que seuls les aveugles et les sourds ne peuvent pas constater. La vérité c’est que ce n’est pas sur ce point non plus, sauf prétexte hypocrite, que se fonde l’ostracisme.

Sur la question de l’islam, le Front National ne tient qu’un discours très communément admis par l’immense majorité de la population. Hélas trop peu adéquat. Mais on sait que Jean-Marie Le Pen, souvent invité dans certaines ambassades du monde islamique, s’il a certes constamment été contre l’immigrationnisme, a toujours été plutôt islamophile même si le gros de ses électeurs ne le discernait pas. Le Front National n’est toujours pas encore sur la ligne à la fois de charité chrétienne et de lucidité politique selon laquelle on peut aimer les musulmans tout en affirmant le droit et même le devoir d’analyse critique, de réfutation et de refus des textes fondateurs de l’islam. Ce qui est d’ailleurs la position du maréchal Sissi. Les dirigeants du Front National n’osent pas dire que l’on doit pouvoir refuser l’islam comme on aurait dû refuser le communisme et le nazisme.

Par électoralisme le Front National craint de choquer les musulmans alors que la charité qu’on leur doit c’est de leur expliquer les raisons de notre refus de leur modèle idéologique de théocratie totalitaire dans lequel on ne rend pas à César ce qui est à César ni à Dieu ce qui est à Dieu selon l’admirable fondement évangélique de la véritable laïcité. Mais à la vérité ce n’est pas sur cela que l’on cherche réellement noise au Front National car la plupart des personnalités politiques et médiatiques sont aussi désespérément nuls que monsieur Alain Juppé dans la connaissance des textes et de la réalité islamique.

Jean-Marie Le Pen, quoiqu’en veillant à ne pas attaquer certaines loges maçonniques où il comptait de bons amis, fut certes très hostile à la République du Grand Orient, non tellement pour des raisons philosophiques mais parce qu’elles constituent des hiérarchies parallèles parfaitement incompatibles avec une véritable démocratie fondée sur la visibilité. Aujourd’hui le député Gilbert Collard ne dissimule point son affiliation maçonnique et il n’est pas le seul dans ce cas dans la hiérarchie du Front National. Ce n’est donc pas davantage sur cette question que l’on ostracise le Front National.

Sous la présidence de Jean-Marie Le Pen qui veillait à nommer des homosexuels à des postes importants de responsabilité et de communication, le Front National certes manifestait son opposition à la banalisation du prosélytisme homosexuel. Désormais ce n’est plus du tout une des préoccupations de ce parti où l’on ne peut sans doute pas observer que les gays et les lesbiennes y seraient marginalisés. Sur ce point-là non plus ne réside l’explication de l’ostracisme.

Certains diront que le Front National professe une hostilité fondamentale à l’Union européenne. Certes, et avec raison d’ailleurs, mais pas plus que monsieur Dupont-Aignan ou que monsieur Mélenchon ou que nombre d’élus UMP adeptes sur ce point du double langage. Ce n’est évidemment pas là la raison de l’ostracisme.

Alors pourquoi cet ostracisme ? Il n’y a qu’une explication, c’est que le Front National fait élire des élus prenant la place des précédents. On vérifie ainsi la pitoyable décadence de notre République où l’on n’invoque que des idées floues et des valeurs bidon pour combattre des rivaux.

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Commentaires

  1. En ce qui concerne le sang impur de la Marseillaise il faudrait connaitre son origine avant de la condamner en effet le sang impur dans ce cas était celui du peuple en opposition du sang "bleu" des aristocrates et c'était une revendication pour le droit de défendre la patrie, prérogative réservée à l'aristocratie avant la révolution Françcaise

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  2. Je vous rappelle ma réponse à votre article "Sarkozy est nul et dangereux" : l'affaire Chauprade a montré l'antisémitisme du FN.
    On va voir ce qu'il va advenir de Florian Philippot, qui vient de tenir les mêmes propos, à savoir désigner l'islamisme comme dangereux, contrariant à nouveau les tendances antisémites dures genre Alain Soral.
    Quant à l'aspect économique, le programme du FN de sortie de l'euro est plus que hasardeux.
    Mais reconnaître tout cela c'est aussi reconnaître que le moins pire des choix pour 2017 c'est l'UMP !

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  3. Depuis deux jours, la médiacratie nous rebat les oreilles avec les outrances absurdes du père Le Pen. Il est pourtant cliniquement et politiquement mort depuis qu'il a été placé en maison de retraite - président-témoin servile de toutes les horreurs passées- par Marine Le Pen.
    Encore une fois, la schizophrénie du mercenaire sénile et gâteux a été utilisée par quelques nostalgiques d'extrême droite et la Présidente a décidé de lui river son clou.Reste à le démettre de son titre incapacitant, ce qu'un bureau du FN ou un congrès fera et c'en sera fini.
    L'éviction du vieux cerveau malade va donner un boulevard à Marine Le Pen pour achever la construction de ce grand parti Républicain qu'elle anime.
    PS: La Marseillaise , notre Hyme français ( ou Française, hymne est des deux genres) n'a été interdite que par le fascisme pétainiste qui l'avait remplacé par "Maréchal nous voilà", un autre vieux fascho. Depuis 1792, notre Hymne national a été chanté à tue-tête (sic) par les fusillés de 1944, après les sans-culotte de 89, les communards parisiens de 1871, les maquisards des Glières, par TOUS les patriotes défenseur de l'Identité Française. Il n'y a pas un mot à changer, comme on ne change pas un mot d'un poème de Victor Hugo ou d'un discours de Robespierre. Qu'on se le dise chez les faux patriotes!

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