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mardi 27 janvier 2015

Assassinat d’Alberto Nisman - Cristina Kirchner ment



 

 
Michel Garroté  --  Retrouvé mort dans sa baignoire, le procureur Alberto Nisman s'apprêtait à exposer devant la commission argentine de législation pénale de la Chambre des députés le 19 janvier les preuves montrant que la présidente Cristina Kirchner et ses proches voulaient couvrir les Iraniens, soupçonnés d'être les auteurs de l'attentat contre l'Association mutuelle israélo-argentine de Buenos Aires (Amia), qui avait fait 85 victimes en 1994 (Assassinat politique : Je suis Nisman).

Cristina Kirchner a fait sa première apparition publique, le lundi 26 janvier 2015, depuis le décès du procureur Alberto Nisman, le 19 janvier (extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page). Contrairement à ses allocutions habituelles – assise à son bureau –, cette fois-ci les caméras ont commencé en la montrant en plan large. Un changement qui ne passe pas inaperçu dans les médias argentins, qui sont nombreux à afficher cette image à la une ce 27 janvier.

Mais ce qui a le plus retenu l'attention des médias pendant cette heure d'allocution, ce sont les hypothèses avancées par Cristina Kirchner au sujet de la mort du magistrat – chargé de l'enquête sur l'attentat à l'Association mutuelle israélo-argentine (Amia) qui fit 85 morts en 1994. Quelques jours avant sa mort, Nisman avait assuré des preuves que la présidente de l'Argentine et certains de ses proches essayaient de couvrir des suspects iraniens en échange d'accords juteux en pétrole et agroalimentaire avec Téhéran. Les soupçons s'étaient donc rapidement portés sur l'entourage de la présidente.

Sans nuancer, Mme Kirchner a semé des doutes sur la manière d'agir de Daniel Lagomarsino, proche collaborateur du procureur et propriétaire de l'arme qui l'a laissé sans vie. Elle est allée jusqu'à estimer que Lagomarsino est un "féroce opposant" au gouvernement, et le lier au groupe de médias Clarín – ennemi juré du kirchnérisme, que le gouvernement a l'habitude d'accuser de tentative de déstabilisation. Sur un air de défi à l'adresse des juges et procureurs, rapporte le journal Perfil, la présidente a affirmé, en fixant la caméra : "Ils ne me bloqueront pas, je n'ai pas peur d'eux."

Face à l'onde de choc qu'a provoqué le décès d'Alberto Nisman dans la société, la présidente a annoncé la dissolution du ministère du Renseignement, connu historiquement comme "la SIDE" puis "la SI", et son remplacement par une Agence fédérale du renseignement. Cette transformation entraînera une purge du personnel et la création de nouveaux postes. Le projet devrait être mis en place dans les quatre-vingt-dix jours.

"L'introduction d'un nouvel élément dans le jeu d'échecs de ce fait divers intervient dans le cadre de la stratégie qu'elle a fait appliquer" par les fonctionnaires et proches du kirchnérisme. "Même sans preuves concrètes, la Casa rosada [présidence] veut installer une forte discussion dans l'opinion publique et jeter le trouble avec de nouvelles informations et circonstances qui permettent d'éloigner les soupçons à l'encontre du gouvernement et d'ouvrir une autre piste d'investigation", écrit La Nación.

Pour le quotidien Perfil, "Cristina se concentre sur la théorie du complot contre le gouvernement [juges, procureurs, magistrats, etc.]. Tous sont des opposants au gouvernement et donc de potentiels suspects du crime contre Nisman. Tous conspirent contre le kirchnérisme. [...] Mais Cristina oublie au moins deux choses : les condoléances à la famille de la victime et l'autocritique. Le kirchnérisme règne depuis douze ans. L'ex-SIDE est dans son orbite et, pourtant, ce n'est que maintenant, après cette mort, qu'elle propose des changements" (fin des extraits adaptés ; voir lien vers source en bas de page).

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mercredi 21 janvier 2015

Assassinat politique : Je suis Nisman



 

 
Michel Garroté  --  Retrouvé mort dans sa baignoire, le procureur Alberto Nisman s'apprêtait à exposer devant la commission argentine de législation pénale de la Chambre des députés le 19 janvier les preuves montrant que la présidente Cristina Kirchner et ses proches voulaient couvrir les Iraniens, soupçonnés d'être les auteurs de l'attentat contre l'Association mutuelle israélo-argentine de Buenos Aires (Amia), qui avait fait 85 victimes en 1994.

"En 1995, pendant la commémoration à l'occasion du premier anniversaire de la tragédie, en voyant les pleurs inconsolables des familles des victimes, le tout nouvel ambassadeur israélien s'était demandé pourquoi ils étaient si désespérés, alors qu'en Israël ces morts se produisent au quotidien. Son assistante lui répondit : ils sont désespérés, car ils savent que justice ne sera jamais faite. La découverte du cadavre de Nisman, enfermé dans une salle de bains de son appartement, est une nouvelle et macabre corroboration de cette prophétie", écrit le quotidien La Nación. Nisman avait dédié ses quatorze dernières années à enquêter sur cet attentat, l'un des pires de l'histoire argentine, qui n'a toujours pas de coupables.

Le journal rapporte que des mobilisations pour protester contre cette mort et pour demander justice se sont organisées dans tout le pays via les réseaux sociaux. Le hashtag #YoSoyNisman (Je suis Nisman) s'est rapidement propagé sur Facebook et Twitter. Cette mort – la justice n'écarte pas la possibilité d'un suicide masqué – a provoqué une onde de choc dans le pays, et le gouvernement a décidé de déclasser des informations secrètes sur les communications maintenues entre des agents d'intelligence accusés par le procureur de donner des informations à l'Iran.

Sa famille n'arrivait pas à joindre Nisman. Sa mère est allée le chercher chez lui, dans le quartier huppé de Puerto Madero, mais a été contrainte d'appeler un serrurier car son fils, le procureur Natalio Alberto Nisman, 51 ans, ne répondait pas. Il l'a retrouvé mort dans la baignoire, rapporte le quotidien La Nación, une balle dans la tête et, à ses côtés, un pistolet calibre 22 qui, apparemment, lui appartenait. Sur le bureau du procureur, les documents qu'il allait présenter le 19 janvier devant la commission de législation pénale de la Chambre des députés.

Nisman était chargé de l'enquête sur l'attentat de 1994 qui avait fait 85 morts dans l'Association mutuelle israélo-argentine (Amia), un crime dont on ne connaît toujours pas les responsables, vingt ans plus tard. Le 14 janvier, le procureur avait dénoncé la création par la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner, ainsi que par plusieurs proches du gouvernement (comme le ministre des Affaires étrangères), d'un plan qui visait à couvrir l'Iran pour l'attentat et "fabriquer l'innocence" d'ex-fonctionnaires iraniens en lien avec l'attaque. Quelques jours avant, il avait déclaré au journal Clarín qu'il craignait de trouver la mort dans cette affaire.

La demande de Nisman incluait la saisie préventive de biens appartenant aux accusés, d'une valeur de 200 millions de pesos (entre 16 et 20 millions d'euros, au vu du taux de change fluctuant). Dans sa dénonciation de 300 pages figurent des écoutes téléphoniques qui révèlent les conversations de la présidente de l'Argentine avec ses proches au sujet du plan. D'après Nisman, Cristina Kirchner aurait négocié la levée de ces accusations contre l'achat de pétrole à Téhéran à un prix avantageux.

Le témoignage de Ronen Bergman

Ronen Bergman : Les plus importants responsables impliqués dans les poursuites, les membres des services de renseignements, ainsi que mon propre gouvernement conspirent contre la découverte de la vérité, concernant l’implication iranienne et empêchent qu’on puisse traîner en Justice ceux qui sont les vrais responsables », m’avait dit le Dr Alberto Nisman, au cours d’une rencontre chez moi, à Tel Aviv, en décembre 2007. La découverte de son corps sans vie est la preuve de la détermination glaciale de ces gens à faire l’impossible pour empêcher la révélation de la vérité. Nisman était venu en Israël pour rencontrer des responsables des renseignements, auprès desquels il requérait d’obtenir un complément d’information. Lors de notre conversation, il voulait parler de l’enquête qu’il menait et entendre quelles informations nous-mêmes avions recueillies, lors d’une série d’enquêtes du Yediot Ahronoth sur les attentats en Argentine, contre l’Ambassade Israélienne en 1992 et contre le Centre caritatif de la communauté juive, l’AMIA, en 1994.

Ronen Bergman : Il était particulièrement déterminé à régler les comptes, non seulement avec le Hezbollah et l’Iran, qui sont à la source de ces attentats, mais aussi avec ces responsables argentins qui essayaient de se blanchir, quant à leur rôle dans ces affaires de terrorisme. Au cours de cet entretien, j’étais persuadé qu’il ne s’agissait que de bravade vide de contenu, et j’avais tort. Nisman a osé. Il a soumis à la Cour un certain nombre d’inculpations et n’a pas hésité à s’exprimer contre les personnalités les plus puissantes, dans son propre pays, qui font obstruction à la Justice et fabriquent de fausses preuves, même lorsqu’il devenait évident qu’il se trouvait en grand danger et qu’il aurait dû bénéficier de gardes du corps.

Ronen Bergman : Nisman a accusé la Présidente Cristina Kirchner d’avoir passé un accord secret dans le dos du public argentin visant à enterrer l’affaire, en échange d’énormes contrats pétroliers avec l’Iran. En fin de compte, après une enquête qui a duré au moins dix ans, personne n’a jamais été condamné pour ces attentats et les deux enquêteurs travaillant sur le dossier ont demandé son aide à Nisman. Il était bientôt nommé chef de l’équipe et, en dix années de plus, il n’a jamais renoncé.

Ronen Bergman : Malgré toutes les tentatives pour étouffer l’affaire, Nisman a réussi à recomposer entre elles les pièces du puzzle, à partir de milliers d’appels téléphoniques, de dizaines de voyage de diplomates iraniens cherchant à faire pression, de transferts excessifs de comptes bancaires et de preuves surabondantes. Sous le coup des menaces et des pressions, il a rédigé un document juridique complet et a réussi à persuader Interpol de diffuser des mandats d’arrêt contre de hauts-responsables iraniens, dont l’ancien Président Rafsanjani et contre Imad Mughniyeh.

Ronen Bergman : L’enquête de Nisman s’est transformée en boomerang politique allant et revenant entre les divers protagonistes. Pour Nisman, un rebond a été de trop. Lors de notre conversation téléphonique finale, il y a quelques semaines, il paraissait heureux et plus déterminé que jamais à poursuivre l’enquête de sa vie. « Je continuerai jusqu’à ce que les corrompus se retrouvent face à un tribunal », disait-il alors. Cette semaine, il a payé pour l’ensemble du travail auquel il a consacré sa vie. Il est plus que douteux que cette investigation se poursuive après sa mort. Il est plus que probable que les tueurs – et je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y a bien eu des assassins – parviennent à leur but, conclut Ronen Bergman.

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Sources :


  
  

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