La légende noire de Tintin au Congo - Par Michel Garroté





 
Michel Garroté  --  L’album « Tintin au Congo » fait à nouveau polémique. Une fois de plus. Cela devient ridicule, liberticide, et, même, répressif. L’album date de 1930. Il reflète le regard porté par les catholiques belges des années 1930 sur un territoire qui à l’époque s’appelait Congo belge pour la simple raison qu’il était une colonie belge. L’album « Tintin au Congo » n’est pas seulement une BD. L’album « Tintin au Congo » est aussi un ouvrage qui a une valeur historique, celle de montrer une époque telle qu’elle était.

J’ajoute que depuis la décolonisation, le Continent africain n’a pas été avare en racisme entre noirs, dictatures, corruption et même en génocides. Il n’est pas ici question de vouloir rétablir - cela serait anachronique et idiot - les colonies de l’époque. Il s’agit ici de dénoncer la censure et même la répression dont fait l’objet une BD parue pour la première fois il y a plus de quatre-vingt ans. En outre, je note, juste en passant, que le regard posé aujourd’hui par les islamistes sur les chrétiens en terre d’islam, vaut largement celui posé par les blancs sur les noirs au temps « maudit » des colonies.

A ce propos, François-Xavier Ajavon, chroniqueur sur Causeur, écrit sur le Figarovox (extraits adaptés ; voir lien vers le Figarovox en bas de page) : Le personnage de bande-dessinée « Tintin », célèbre aventurier et reporter Belge, à la houppette blonde, fait à nouveau l'actualité. Un collectif a organisé il y a quelques jours une opération coup de poing contre Tintin ; des membres de ce groupuscule sont entrés en force à la Fnac des Halles à Paris pour coller sur les albums d'Hergé le sticker de la honte : « Produit toxique, relents racistes. Peut nuire à la santé mentale ». Le collectif exige notamment qu'un bandeau d'avertissement soit apposé sur chaque exemplaire de la sulfureuse BD. Cette opération s'inscrit dans une longue et pénible tradition d'attaques régulières contre l'œuvre de Georges Rémi, alias Hergé (1907-1983).

François-Xavier Ajavon : Deux mots sur le contexte de la création de cet album, d'abord: en 1930, Hergé est rédacteur en chef du «Petit Vingtième», supplément jeunesse du journal catholique conservateur « Le Vingtième siècle », dirigé par Norbert Wallez, qui aura une influence politique et spirituelle considérable sur le jeune dessinateur. C'est l'Abbé Wallez qui conseillera en 1929 à Hergé d'envoyer un petit reporter chaste et outrageusement « scout » en Union-Soviétique, afin d'en dénoncer la propagande et les falsifications : Tintin était né.

François-Xavier Ajavon : Après « Tintin chez les Soviets », l'homme d'église suggère à Hergé de consacrer une nouvelle histoire - exotique et dépaysante - au continent africain, et plus particulièrement au Congo Belge. L'objectif de l'abbé est rempli : donner à son public une image condescendante de l'Afrique, dans laquelle les occidentaux sont présentés comme les « tuteurs » nécessaires d'un peuple d'enfants sauvages et naïfs. Cela passera notamment par la relation ambiguë de Tintin avec son gentil petit « boy », jamais avare de « Bien Missié », et par la figure du missionnaire héroïque sauvant Tintin de plusieurs mauvais pas, Milou disant « Quels as ces missionnaires ! » après que le Père ait présenté à Tintin l'école et l'hôpital mis à la disposition de la population locale.

François-Xavier Ajavon : Alors, faut-il condamner « Tintin au Congo » au nom d'une absurde et mélodramatique « toxicité » idéologique supposée ? Et par la même occasion salir l'œuvre d'Hergé, si centrale dans l'imaginaire pop-culturel contemporain. Appelons ces activistes communautaires à cesser les provocations pyromanes inutiles, et à lire enfin l'Œuvre du grand dessinateur Belge. Conseillons amicalement à ces bouillonnants militants de concentrer plutôt leurs efforts sur la lutte contre le racisme contemporain, conclut François-Xavier Ajavon (fin des extraits adaptés ; voir lien vers le Figarovox en bas de page).

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